N° 8153 – Septembre 2023

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L’Anthropocène

Le 11 juillet 2023, des chercheurs issus des géosciences, réunis au sein d’un groupe de travail de la Commission Internationale de la Stratigraphie (ICS), se sont accordés pour faire du lac Crawford, au Canada, le lieu témoin du passage à une nouvelle ère géologique, “l’anthropocène”.
Ce lac, dont les couches sédimentaires sont particulièrement bien conservées, permet en effet de retracer les changements de composition de l’atmosphère au cours du temps. Charbon, pétrole, résidus atomiques et microplastiques présents dans les sédiments attestent d’une perturbation rapide et majeure des dynamiques planétaires, avec des conséquences déjà observables, qu’il s’agisse du réchauffement global, de l’effondrement de la biodiversité, de la rupture des équilibres biologiques et biochimiques, etc.
Savoir si l’anthropocène peut être considéré comme une unité de temps géologique distincte de l’holocène, qui a succédé, il y a près 11700 ans, au dernier épisode de froid glaciaire du pléistocène, n’est pas une question tranchée chez les géologues.
Et le débat ne sera sans doute pas clôt avant longtemps, car définir une nouvelle ère géologique répond à des critères très précis (une rupture observable et universelle entre les couches sédimentaires de deux époques). Mais au fond, le sujet n’est pas là. Paul Crutzen, prix Nobel de chimie et météorologue, qui a inventé le terme “anthropocène”, voulait de cette manière désigner une nouvelle ère, où l’humanité s’impose comme une force géophysique à part entière. Il est, de fait, scientifiquement établi que les crises environnementales globales actuelles sont, sans équivoque, d’origine anthropique.
Par exemple, le bilan d’énergie de la Terre est perturbé par les activités humaines, ce qui a pour conséquence un changement climatique global.
Ses effets sont déjà observables et généralisés, s’intensifient et sont, pour certains, irréversibles.
Les composantes du système climatique qui répondent lentement, comme les océans ou les glaciers, s’ajusteront ainsi à l’échelle de siècles et de millénaires. Toutefois, si le rôle des activités humaines est démontré, l’humanité n’est pas un tout homogène.
Les pressions sur les milieux s’exercent inégalement selon les sociétés, les territoires, les niveaux de revenus ou de statut juridique des personnes. Les sciences humaines et sociales discutent la pertinence du terme “anthropocène”, car il ne permet pas de différencier les responsabilités historiques, politiques ou sociales. Certains lui préfèrent le mot “capitalocène” (dynamique du capitalisme), “thermocène” (rôle des énergies fossiles), “phagocène” (consumérisme).
L’espèce humaine fait probablement face au plus grand défi qu’elle ait connu depuis des millénaires. En détruisant son habitat, elle compromet durablement la sécurité et le bien-être d’un nombre toujours plus grand d’individus, voire, à terme, sa propre survie. Pourtant, il existe de nombreuses solutions pour ralentir, et même stopper, les crises environnementales.
Ce numéro de la Documentation Photographique vise à synthétiser les différentes approches de l’anthropocène et des menaces qui le caractérisent, à présenter les solutions en matière d’atténuation des perturbations, et à clarifier les différentes trajectoires d’adaptation, en fonction des actions qui seront entreprises, ou non.

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